1825
L'edifice que nous connaissons aujourd'hui date de 1825. L'interieur a ete reamenage après la reforme liturgique du IIe concile du Vatican.
Mémoire de l'église de Châteauneuf-le-Rouge et témoignage de la vie de Saint Antoine l'ermite.
Traditionnellement l'église de Châteauneuf-le-Rouge est sous un double patronage, celui de saint Antoine l'ermite (fête le 17 janvier) et celui de la Vierge Marie dans le mystère de son Assomption (fête le 15 août).
Saint Antoine est dit le « père des moines ». Il vécut au IIIe siècle en ermite dans le désert d'Égypte et un grand nombre de disciples se regroupèrent auprès de ce maître de la vie spirituelle et ascétique. Saint Athanase d'Alexandrie († 373) a écrit une vie de saint Antoine présentée comme le modèle de la vie monastique. Saint Antoine a inspiré de nombreux artistes (tentations de saint Antoine) ; il est souvent représenté avec un cochon et portant une clochette en raison d'un privilège de l'ordre des Antonins (religieux) qui pouvaient faire entrer l'animal en pleine ville malgré l'interdiction.
L'edifice que nous connaissons aujourd'hui date de 1825. L'interieur a ete reamenage après la reforme liturgique du IIe concile du Vatican.
Le marquis et maire de Châteauneuf, Anne Joseph de Montaigu, decide de retablir et restaurer l'église avec des habitants. Mais la route Paris-Antibe doit être elargie, la facade est donc reculee et l'église, tres certainement, en partie detruite pour être reconstruite.
Pendant la revolution, le presbytere est occupe par des soldats qui devastent le batiment et se servent de la charpente de l'église pour se chauffer. L'ensemble restera encore longtemps inutilisable.
Une nouvelle cloche est donnee à l'église la precedente etant trop petite.
La chapelle est reparee en 1682 car elle est tres delabree. Du XVe au XVIIe s. la communauté chrétienne connait des difficultes pour qu'un prêtre lui soit attribue et pour que l'église soit reconnue pleinement paroisse.
Il existe une chapelle attachee au chateau ; cela a permis dans le cas d'un habitat tres disperse d'avoir une certaine vie de communauté. Cette chapelle dependait des moines benedictins de Saint-Victor et c'est la superieure du monastere de Saint-Pons qui ensuite en aura la gestion.
Saint Antoine, la première fleur du désert, naquit vers l'an 250, dans le petit village de Coma, en Haute-Égypte. Ses parents, nobles et riches chrétiens, l'eleverent dans la foi et la crainte de Dieu. Ils se chargerent eux-memes de l'education du jeune garcon, car Antoine ne souhaitait pas se meler aux jeux turbulents des autres enfants et n'eprouvait que mepris pour les sciences profanes. Il ne sortait de la maison que pour se rendre à l'église, ou il suivait avec attention la lecture des Livres Saints et le recit des exploits des Saints.
Vers l'age de vingt ans, la mort de ses parents le laissa à la tete du patrimoine familial et seul responsable de l'education de sa jeune soeur. Un jour, comme il se rendait à l'église en meditant sur la vie paisible et degagee de tout souci des Apotres et des premiers Chretiens, il entendit la lecture de ces paroles de l'Évangile: «Si tu veux être parfait, vends tout ce que tu as, donne-le aux pauvres, puis viens et suis-moi» (Mat. 19:21). Convaincu qu'elles n'avaient ete dites que pour lui, il alla partager sans retard toutes les terres qu'il possedait entre ses voisins, vendit ses meubles et en distribua le prix aux pauvres, ne gardant que le necessaire pour etablir sa soeur. Une autre fois, après avoir entendu lire les paroles: «Ne soyez pas en souci du lendemain» (Mat. 6:34), il decida de renoncer definitivement au monde, distribua le reste de ses biens, confia sa soeur a quelque personne vertueuse et quitta sa maison pour embrasser la vie ascétique.
Or, en ce temps-la, il n'existait pas encore de monasteres constitues. On ne trouvait que quelques hommes vivant en solitaires non loin de leur village, dans le jeune et la prière. Un de ces anciens demeurait non loin de la. Antoine se proposa donc de l'imiter. Il s'installa lui aussi dans un lieu isole, ou, l'esprit libre de toute preoccupation et de tout souvenir de sa vie passee, il travaillait de ses mains, distribuait ses surplus aux pauvres, meditait les Livres Saints et s'efforcait de garder imperturbable la prière en son cœur. Semblable a une abeille industrieuse, chaque fois qu'il entendait louer la vertu de quelque solitaire, il se rendait auprès de lui, observait l'humilite des uns, la mortification, l'assiduite à la prière ou la meditation des autres et, une fois rentre dans sa cellule, il s'efforcait de rassembler en lui-meme toutes ces vertus.
Le demon, envieux de toutes les bonnes actions des hommes, ne pouvant souffrir de voir une telle ardeur en un si jeune homme, decida de partir en guerre contre lui. Il lui suggera d'abord le souvenir des biens qu'il avait quittes, de sa soeur qu'il avait abandonnee et de tous les plaisirs de sa vie passee. Puis il lui representa de maniere epouvantable les difficultes de la vie ascétique, la faiblesse de son corps, le long combat qu'il aurait a soutenir pendant des annees et tout un nuage epais de pensees diverses. Comme Antoine resistait a ces assauts par la fermete de sa foi, la patience et la prière continuelle, le Malin passa à l'attaque sur un autre front. Il lui presenta à l'esprit des pensees d'impurete et excita ses sens juveniles par quantite de suggestions obscenes. Et, voyant qu'il tenait bon, il prit de nuit l'apparence d'une femme qui l'invitait au peche par des gestes effrontes.
Mais le vaillant soldat du Christ repoussa Satan par le souvenir des peines de l'enfer. Le demon excede lui apparut alors sous l'aspect d'un enfant hideux et sombre et, se presentant comme l'esprit de la fornication, il reconnut avoir ete vaincu par lui. Devant cette apparition aussi ridicule, Antoine le repoussa avec dedain, en chantant: «Le Seigneur est mon secours, et je mepriserai tous mes ennemis» (Ps 117:7). Il était en effet convaincu que ce n'était pas lui-meme qui avait remporte cette première victoire, mais la Grace de Dieu qui était en lui (cf. I Cor. 15:10). C'est pourquoi, sagement averti par les Saintes Ecritures des diverses machinations des demons, il ne se laissait pas endormir dans une trompeuse sécurité; mais, toujours sur ses gardes, il travaillait avec encore plus de soin a reduire son corps en servitude, de peur que, victorieux dans un combat, il ne se trouvat vaincu dans un autre. Ayant desormais affermi sa resolution par une sainte habitude, il n'eprouvait plus de peine a passer souvent la nuit entiere en prière, il ne mangeait qu'un peu de pain et de sel, de deux jours en deux jours, et se refusait toute consolation humaine. Oubliant le temps deja passe dans ce genre de vie et sans cesse tendu plus avant (cf. Philippiens 3:14), il considerait chaque jour comme le debut de son ascese et faisait sienne les paroles du Prophete Elie: «Le Seigneur est vivant, et il faut que je paraisse aujourd'hui en sa presence» (III Rois 18:5).
C'est ainsi qu'il passa à l'offensive et se choisit pour retraite un des anciens sepulcres creuses par les paiens. Ne pouvant souffrir cette provocation, Satan vint l'assaillir de nuit avec toute une troupe de demons. Ils l'accablerent de tant de coups qu'ils le laisserent a terre, couvert de plaies. Quand l'ami charge de son ravitaillement le decouvrit ainsi a demi-mort, il le transporta en hate à l'église. Mais aussitot qu'il eut repris ses sens, Antoine supplia son ami de le transporter de nouveau dans le sepulcre. Incapable de se tenir debout, il priait allonge et defiait audacieusement les demons. Ceux-ci penetrerent en foule dans le tombeau, en prenant l'apparence de toutes sortes de betes sauvages et de reptiles. Le preux guerrier était assailli de tous côtés, mais il les repoussait en leur criant avec force: «Si vous aviez quelque pouvoir un de vous suffirait pour m'abattre; mais comme le Seigneur vous a enleve votre force, vous essayez de m'epouvanter par votre nombre. Le signe de votre faiblesse est bien que vous en etes reduits a prendre la forme d'animaux dépourvus de raison. Si vous avez quelque pouvoir contre moi, allez, ne tardez pas davantage, attaquez! Si vous ne pouvez rien, inutile alors de vous agiter ainsi. Le signe de la Croix et la foi me sont un rempart inexpugnable!» Les demons, impuissants, en étaient reduits a grincer des dents de rage. Finalement le Seigneur Jésus Christ vint a son secours et mit en fuite ces esprits des tenebres, en apparaissant du haut du ciel entoure d'une eclatante lumière. Antoine lui demanda: «Ou etais-Tu, Seigneur? J'etais la, a tes côtés. Puisque tu as resiste avec tant de courage, je serai desormais toujours ton defenseur et je rendrai ton nom célèbre par toute la terre».
Antoine, alors age de 35 ans, se trouva anime d'un surcroit de ferveur après ces combats et decida de s'enfoncer seul dans le désert. Il parvint sur la rive orientale du Nil, trouva sur la montagne un vieux chateau abandonne et, après avoir chasse les reptiles qui l'habitaient, il s'y installa dans la plus complete solitude, en interdisant l'entrée a quiconque. Il passa ainsi vingt annees dans cette retraite, ou, de six mois en six mois, un ami, venait lui jeter du pain par dessus la muraille. Nombreux étaient cependant ceux qui, attires par sa reputation, venaient jusque-la. Ils restaient au-dehors, en entendant à l'interieur un grand tumulte et les voix des demons vociferant contre celui qui était venu habiter leur demeure avec une si grande temerite. Un jour, dans l'exces de leur ferveur, ses admirateurs forcerent la porte et virent Antoine leur apparaitre eclatant, comme au sortir d'un sanctuaire mystique, et l'aspect inchange après vingt ans, malgré toutes ses macerations.
Il accepta des lors de recevoir des disciples en nombre sans cesse grandissant. Il fonda deux monasteres: l'un à l'est du Nil, a Pispir, l'autre sur la rive gauche, non loin d'Arsinoe. Le cœur apaise et l'intelligence inebranlablement fixee en Dieu, Saint Antoine avait le pouvoir de reconcilier les ennemis par sa seule presence, de faire regner autour de lui la charite entre les hommes et de guerir les malades par sa prière. Inspiré par le Saint Esprit, il instruisait ses moines dans la science spirituelle. Il leur recommandait de ne jamais se laisser decourager par les épreuves ou de se relacher de leur première ferveur, mais au contraire de la faire croitre de jour en jour, comme s'ils ne faisaient que commencer, en meditant ces paroles de l'Apotre: «Je meurs tous les jours» (I Cor. 15:3). Il disait: «Efforcons-nous de ne rien posseder que ce que nous emporterons avec nous dans le tombeau: a savoir la charite, la douceur, la justice etc.. La vertu, c'est-a-dire le Royaume des Cieux, n'a besoin que de notre volonte, car elle se trouve en nous-memes. Elle ne consiste en rien d'autre, en effet, qu'a conserver la partie spirituelle de notre âme dans la purete et la beaute dans lesquelles elle a ete creee».
«En gardant avec vigilance notre cœur contre la souillure des mauvaises pensees, contre l'excitation des plaisirs et contre l'emportement de la colere, nous pourrons resister aux assauts des demons qui nous entourent et entreprennent tout dans le but d'empecher les Chretiens de monter au ciel et d'occuper les places d'ou ils ont ete chasses a cause de leur orgueil et de leur revolte. C'est seulement au prix d'une ascese soutenue et de beaucoup de prière que nous pourrons recevoir du Saint-Esprit le charisme du discernement des esprits, afin de dejouer leurs ruses. Ils nous attaquent d'abord par les mauvaises pensees, puis, si nous les avons repousses par la foi, le jeune et la prière, ils reviennent à l'assaut par des imaginations diverses, dans l'espoir de nous effrayer.
Derechef repousses par la puissance du Christ, ils essaient alors de nous tromper en feignant de predire les evenements a venir, chose dont Dieu seul est capable, mais qu'ils parviennent a imiter grâce à l'agilite de leur nature incorporelle. S'ils nous trouvent encore inebranlables, alors leur prince lui-meme, Satan, apparait dans tout son faste, entoure d'une trompeuse lumière, image du feu qui lui est prepare pour l'eternite, et nous suggéré visions, revelations, exploits ascetiques et toutes sortes d'embuches, afin de nous faire tomber dans l'orgueil et l'illusion. Ne vous effrayez pas de toutes ces attaques. Ayant perdu Leur puissance depuis l'Incarnation de Notre Seigneur Jésus-Christ et ne pouvant demeurer en repos, ils en sont reduits a nous menacer par des paroles, des bruits et de vaines apparitions. S'ils avaient quelque pouvoir, ils n'auraient pas besoin de deployer une telle pompe et auraient depuis longtemps arrete l'accroissement et le progres des Chretiens. C'est Dieu seul que nous devons craindre et, loin d'avoir de l'apprehension, nous ne devons avoir à l'egard des demons que du mepris. Car ils ne redoutent rien plus que le jeune des moines, leur humilite, leur patience, leur amour pour Dieu et pour leurs freres. S'il vous vient quelque apparition, ne vous laissez pas troubler mais demandez a celui qui se présente: Qui es-tu? et d'ou viens-tu? Si cette vision est sainte, elle dissipera aussitot vos doutes et changera votre crainte en joie, si elle est du diable, celui-ci prendra immediatement la fuite en voyant votre fermete. Toutes ces épreuves vous sont en fait profitables.
Sous l'influence de saint Antoine le désert devint une veritable ville, peuplee de quantites de moines qui avaient renonce au monde pour devenir citoyens de la cite celeste. Tous ces monasteres étaient semblables a des temples, ou des hommes, unis en une douce harmonie par le but unique qu'ils se proposaient, passaient leur vie a chanter des Psaumes, a mediter les Saintes Ecritures, a jeuner, a prier dans la joie et l'esperance des biens futurs.
En ce temps-la, Maximin ralluma en Égypte le feu de la persecution et faisait couler a flot le sang dans la ville d'Alexandrie (311). Antoine, brulant du desir d'acceder lui aussi à la perfection du Martyre, se rendit a Alexandrie et s'exposa hardiment au danger pour se mettre au service des confesseurs, les visiter dans leurs prisons et dans les mines, et les exhorter a soutenir jusqu'au bout le bon combat. Malgre son ardent desir de partager leur sort, Dieu le garda pour d'autres combats; il ne fut pas arrete et retourna dans son monastere, ou il continua son Martyre non-sanglant de la conscience, en redoublant ses austerites.
Quoique restant reclus il continuait d'accomplir des Miracles et les visiteurs ne cessaient d'affluer. C'est pourquoi il decida de se retirer seul dans un désert plus profond. Il se joignit a une caravane de Sarrasins et parvint a pied jusqu'au mont Colzim (aujourd'hui Mont Saint-Antoine), situe vers la mer Rouge, ou il s'installa après avoir ete confirme par une revelation de Dieu. Comme les betes sauvages venaient troubler l'eau de la source qui coulait la, le Saint les en chassa delicatement au seul son de sa voix. Il cultivait un petit jardin pour sa subsistance et, excepte quelques rares visites de ses disciples, il pouvait s'adonner sans relache à la contemplation et au combat contre les demons furieux. Au bout de plusieurs annees, Antoine, deja vieux, consentit a retourner visiter ses disciples a Pispir. En chemin, il fit jaillir de l'eau dans le désert pour abreuver ses compagnons de route accables par la soif. Grande fut la joie à l'arrivee de l'Homme-de-Dieu, et tous les moines trouverent dans sa visite l'occasion de renouveler leur ardeur dans les combats de la vertu. Une grande foule le suivit lorsqu'il regagna sa montagne: les uns demandaient la guérison des maladies du corps, d'autres venaient pour recevoir reconfort et instruction de l'âme; le Saint donnait a tous selon leur besoin, comme Dieu Lui-meme. Il ne rompait le silence qu'après avoir reçu une inspiration du Saint-Esprit, et il parlait alors en employant les paroles de la Sainte Ecriture, comme s'il en était lui-meme l'auteur. Il pouvait dire avec confiance: «Moi je ne crains plus Dieu, mais je l'aime. Car l'amour parfait chasse la crainte».
C'est pourquoi, dans ses enseignements, il insistait surtout sur la charite fraternelle et la purification du cœur. Il disait encore: «C'est du prochain que dependent la vie et la mort. En effet, si nous gagnons notre frere, c'est Dieu que nous gagnons, mais si nous sommes pour notre frere occasion de peche, c'est contre le Christ que nous pechons». Père plein de compassion, il savait relacher en temps opportun l'ascese de ses disciples par quelque divertissement, et il leur transmettait la leçon, qu'il avait lui-meme recue d'un Ange, d'alterner avec science la prière pure, la psalmodie et le travail manuel afin de lutter contre l'ennui. Il considerait comme siennes les souffrances de ceux qui venaient le trouver et priait pour chacun. Quand Dieu accomplissait par lui une guérison, il rendait graces, et quand Il la lui refusait, il rendait graces aussi et exhortait ces malheureux a rester dans l'esperance.
Un jour, pendant sa prière, Saint Antoine fut ravi en esprit et eleve corporellement dans les airs par les Anges qui eloignerent de lui la horde de demons qui voulaient examiner impudemment sa conduite depuis sa naissance. Son visage dégageait un tel eclat de purete et tous les mouvements de son corps revelaient si bien l'etat impassible de son âme, qu'il repandait autour de lui comme un orbe de paix, de joie et de douceur. Sans qu'il ait besoin de se faire connaitre, tous ceux qui le voyaient étaient irresistiblement attires vers lui. Il pouvait lire dans leur cœur comme a livre ouvert et, tel un habile médecin, il leur donnait toujours le remede approprie. C'est ainsi que toute l'Égypte le tenait pour son père et son médecin, les personnes les plus haut placees venaient jusqu'a son lointain désert pour s'entretenir avec lui ou seulement pour recevoir sa bénédiction, et l'empereur Constantin le Grand lui-meme echangea avec l'humble moine une correspondance.
Detache de tous ces honneurs et l'intelligence sans cesse tournee vers la presence de Dieu en lui, Antoine avait ete pourtant instruit par Dieu, comme par surcroit, de toute la science necessaire a confondre la sagesse de ce monde. Des philosophes paiens, enfles d'orgueil par leur pretendue science, vinrent avec mepris rendre visite a cet illetre dont toute l'Égypte parlait. En peu de mots l'Homme-de-Dieu confondit leur assurance. Il leur montra comment la sagesse de ce monde a ete rendue folle par la folie de la Croix leur demontra l'insanite de leurs mythes qui abaissent Dieu à la ressemblance d'animaux ou d'objets fabriques, alors que la doctrine du Christ eleve l'homme à la communion avec la nature divine, et leur fit reconnaitre que ce que les Chretiens connaissent par la foi et la puissance de l'experience vecue, eux essayent vainement de l'atteindre par les discours et les raisonnements. Il scella enfin sa victoire en delivrant des possedes par la puissance du Christ et congedia ses visiteurs tout penauds.
Saint Antoine avait un grand respect pour les Clercs et les responsables de l'Église. Il était certes etranger a toute affaire ecclesiastique, mais il n'en soutenait pas moins vigoureusement la Foi Orthodoxe, gravement en peril en ces temps de troubles. Comme les ariens d'Alexandrie avaient repandu la rumeur selon laquelle l'illustre ermite partageait leur doctrine insensee, le Saint n'hesita pas a sortir de sa retraite et a se rendre dans la bruyante capitale pour proclamer clairement, devant toute la population accourue pour le voir, sa foi en la divinite du Fils et Verbe de Dieu, son adhesion inebranlable à la doctrine du Concile de Nicee et pour affirmer son soutien de Saint Athanase.
Quand il parvint à l'age de 105 ans, il partit, selon sa coutume, rendre visite aux moines installes dans la montagne plus avancee et leur annonca avec joie que Dieu allait bientot le rappeler vers sa veritable patrie. Il les exhorta a perseverer tous les jours dans les travaux de l'ascese, comme si la mort, était toute proche, a imiter l'exemple des Saints, et a preserver avec soin la Tradition des Peres inspires de Dieu en evitant toute relation avec les heretiques; puis il se retira dans le désert profond, servi par deux disciples: Macaire et Amathe. Au moment de mourir, il leur recommanda de ne pas transporter son corps en Égypte, de peur qu'il ne fut embaume, conformément aux coutumes paiennes encore en vigueur, et leur ordonna de l'enterrer dans un endroit inconnu de tous. Il legua une partie de ses vetements aux deux grands confesseurs de l'orthodoxie: Saint Athanase et Saint Serapion de Thmuis, et sa tunique de poils a ses deux plus proches disciples, pour que ceux-ci, en portant ces vetements, soient couverts de sa protection invisible. Puis il etendit les pieds et, le visage comble de joie, comme si des amis venaient a sa rencontre, il remit paisiblement son âme a Dieu. C'était le 17 janvier 356. La reputation du Père des moines s'etendit aux extremites de toute la terre et, depuis des siecles, sa biographie, ecrite avec amour par Saint Athanase d'Alexandrie, offre aux ames éprises de Dieu un parfait modèle de la voie a suivre pour parvenir à la perfection de la vie chrétienne.
Le corps de saint Antoine fut decouvert à la suite d'une revelation, en 561, et transfere a Alexandrie. Vers 635, sous la menace de l'invasion arabe, il fut transporte a Constantinople et, vers 1050, selon le témoignage de la tradition occidentale, un seigneur du Dauphine apporta une partie de ses Reliques en France (Saint-Antoine en Dauphine), ou elles devinrent l'objet d'un célèbre pelerinage.