L'édito · Mai 2026
Le mot du Père Régis
Chers amis, le temps pascal avance et file vers cette autre fête majeure du calendrier liturgique qu'est la Pentecôte. La veille au soir de cette grande fête, à la cathédrale, seront célébrées de nombreuses confirmations d'adultes. Grand événement, après les baptêmes de Pâques, pour notre Église.
On appelle parfois le Saint Esprit le grand inconnu. Et c'est vrai, cette Personne divine peut nous sembler moins immédiatement perceptible que le Père ou, a fortiori, le Fils, dans la mesure où ce dernier s'est fait homme. Il est un peu comme l'air que nous respirons. Nous n'y prenons pas garde, mais qu'il vienne à manquer et la vie deviendrait tout simplement impossible. De même, sans la présence du Saint Esprit dans nos âmes, la vie chrétienne dans sa plénitude serait tout simplement impossible.
Les textes de la Bible sont en effet à la fois porteurs d'un message de vie, mais avouons qu'ils sont aussi parfois assez décourageants, tant ils nous font miroiter un idéal qui semble inatteignable. C'est l'Esprit Saint qui nous donne de faire ce à quoi la Parole de Dieu nous appelle. En ce sens, saint Augustin, avec beaucoup d'audace, écrivait : « La lettre tue, c'est l'Esprit qui vivifie. Cela est vrai même des paroles de Jésus qui tueraient si dans le même temps ne nous était donnée la grâce du Saint Esprit. »
C'est le paradoxe de la Parole de Dieu. À la fois porteuse de vie, elle peut conduire à une mort spirituelle, celle du découragement, si un Souffle nouveau, profond, fort, celui de l'Esprit Saint, ne nous donne la force de la vivre. Dans l'Ancien Testament, la fête de la Pentecôte correspondait au don des dix commandements sur le mont Sinaï ; voilà que dans la Pentecôte chrétienne, ce n'est plus seulement la Loi de Dieu qui nous est donnée, si belle soit-elle, c'est le Saint Esprit lui-même.
Le Saint Esprit, nous l'avons reçu tout entier au baptême, mais encore faut-il que nous lui laissions progressivement plus de place, plus de liberté, pour exercer son œuvre en nous. C'est l'objet du sacrement de la confirmation. On pourrait donner une comparaison. Au début de la vie chrétienne, le Saint Esprit est certes à l'œuvre en nous, mais c'est de manière cachée. Il en va un peu comme d'une maman qui aide son enfant à faire ses devoirs. Elle l'aide, l'éclaire, le guide, mais sans se substituer à lui.
Avec le temps, c'est l'Esprit Saint qui agit de plus en plus en nous, et de moins en moins nous-mêmes. Lorsque nous nous sommes laissés envahir par l'Esprit Saint, son action va nous donner de faire ce que nous aurions été incapables de faire nous-mêmes : un pardon donné, une tentation forte dont on triomphe, un acte de générosité qui nous surprend nous-mêmes.
Comme le dit saint Thomas d'Aquin, commentant la lettre de Paul aux Romains, nous sommes « agis » par l'Esprit Saint plus que nous n'agissons nous-mêmes. La confirmation, la fréquentation des sacrements de la confession et de l'eucharistie, la pratique d'une prière du cœur qui n'est pas répétition formelle de formules réalisent ce miracle, car c'en est un, de cette transformation profonde de notre être.
Alors que vienne l'Esprit Saint, et qu'il nous renouvelle !
Père Régis Curral
